Blog politique d'Alexandre Medvedowsky, Conseiller Général des Bouches du Rhône, Conseiller Municipal d'opposition d'Aix-en-Provence, Conseiller Communautaire à la CPA
Lettre à ma famille politique Après cette nouvelle douloureuse élection présidentielle, impénitente épistolière, femme de gauche, et coutumière de la repentance et de l’interrogation sur ma part de responsabilité dans toutes les misères du monde (mais peut être que je suis en voie de guérison sur ce dernier point), je profite de la venue d’un pilier du parti socialiste dans mon village pour coucher sur le papier le (re ?)sentiment d’une simple citoyenne sur la période que nous venons de vivre. Je tiens à dire que je remettrai cette lettre à tous les candidats de gauche qui viendront tenir réunion sur ma commune, à moins que je ne décide de la mailer aux diverses sections locales. Agée de 52 ans, je suis une électrice de gauche λ, et ne parviens à me retrouver dans aucun parti. Quand j’étais toute jeune, face aux injonctions de « faire bouger les choses de l’intérieur » si elles ne me convenaient pas, j’ai fait un passage éclair au PC, c’était en 1978 l’année de l’accord bidon entre les deux tours des législatives dont j’ai eu quelque arrière goût dans les dernières semaines (sauf qu’alors, il s’agissait d’alliés naturels). Je m’étais donné un an pour voir… J’avais vu ; je n’étais pas une « femme de parti » mais je restais impliquée dans la vie locale et le tissu associatif. En 1980, j’y ai cru ; en 2002, j’ai été terrassée. Il faut dire que, désenchantée par les grands partis, j’ai succombé à la tentation du petit facteur. Je me disais qu’en soutenant ses discours plus larges, plus « planétaires », la gauche traditionnelle « rougirait » un peu les siens. Nous connaissons tous le résultat. Pour ma part, j’étais écrasée par ma responsabilité dans la présence de le Pen au 2e tour d’autant plus que ce ne sont que 200 000 voix qui l’ont déterminée. Puis, sans doute d’un optimisme pathologique, j’ai pensé que ma gauche entendrait le message renforcé par le « non » au referendum sur la constitution européenne. Je ne veux pas dire par là que ceux qui ont opté pour le « oui » étaient moins ceci ou plus cela, mais nous savons bien le biais qui s’instille dans tout référendum : celui de répondre à toutes les questions, et surtout celles qui ne sont pas posées. Je continuai d’espérer notamment lorsque que très vite après 2002 nous avons vu fleurir des comités ATTAC. Dans mon mea culpa, ainsi que je l’avais écrit au maire de Vauvenargues après le premier séisme électoral, la démocratie c’est l’addition de l’expression d’unités qui déterminent le devenir d’un tout. Si les électeurs portent une responsabilité dans l’attribution de leur suffrage, la réciproque est aussi vraie dans la mesure où ces bulletins sont déposés en réponse à ce qui a été vécu par les populations pendant un mandat. Il s’avérait alors que le peule de gauche avait souhaité faire passer une information et qu’il y en avait eu 200 000 personnes de trop qui s’étaient exprimées dans ce sens. Dommage. Mais je me disais que tel le Chevalier noir dans Sacré Graal des Monty Python, la gauche se battrait jusqu’au bout. J’imaginais que les partis, notamment communiste et socialiste, mettraient en place ce que je pensais être des « ateliers citoyens » où ces instances iraient à la rencontre des populations pour les écouter et les inciter à participer à l’élaboration d’une stratégie en adéquation avec les réalités quotidiennes des « petites gens ». Il y a 5 ans, j’avais fait le triste constat que les voix s’étaient distribuées sur les gauches alternatives parce que les citoyens avaient eu le douloureux sentiment de ne pas avoir été entendus par leurs alliés naturels. Aujourd’hui, nous avons eu un candidat Sarkozy qui a fait exactement ce qu’il a voulu. Il a essayé de surfer de nouveau sur la vague sécuritaire mais face au peu d’écho qu’il a rencontré, il a fait évoluer sa tactique au gré des informations qu’il recueillait dans ses enquêtes qualitatives. Invoquant tantôt Jaurès, tantôt le dieu pognon, il a arrogamment alterné les propos et les arguments sans que les électeurs, qui sont restés indécis jusque fort tard, n’y trouvent à redire. Pourquoi ? A cause du désert en face. Oui, je dis bien un désert. Ségolène a eu beau se démener, faire preuve d’esprit novateur avec les forums Internet, cela ne pouvait répondre qu’à des personnes préparées à l’idée qu’elles peuvent interagir sur les orientations d’un programme de société, des personnes déjà sensibilisés. Pour que les esprits soient prêts et que ce discours ne soit pas perçu comme confus, les choses auraient du être préparées largement en amont … Il y a 5 ans par exemple. Sans doute alors, lors du débat télévisé, les gens auraient ils compris ce que contenait sa phrase récurrente : « ce sera discuté avec les partenaires sociaux » parce que, même ceux qui ne sont pas politisées auraient eu le temps, par la pédagogie, d’intégrer qu’il est possible de prendre en main une partie de son avenir. Sarko l’a bien compris, mais lui, il a parlé de « mérite » et le concept marketing asséné n’avait rien d’une idée noble et généreuse mais ouvrait une brèche sur un fonctionnement sournoisement exclusif et violent ! J’ai été frappée par le fait que les jeunes de 25 à 35 ans aient voté à droite. On les imagine tellement plus idéalistes et altruistes. Puis en regardant de plus près, on se rend compte que nombre d’entre eux avaient voté pour la première fois il y a 5 ans s’étaient retrouvés dans la rue après le premier tour. Pendant le « désert », encore une fois ils n’ont trouvé aucune réponse à leur envie de refaire le monde tandis que celui dont ils ont fait notre président distillait à l’envi ses solutions pour « agir ». Précisément ce qu’ils attendaient même si ce n’étaient que des « yakafokon ». Il y a quelques mois, comme pas mal de personnes j’ai été sollicitée par la gauche alternative. C’était trop tard. C’était 4 ans avant que j’attendais cette réaction. Pas pour désigner un candidat (ce qui n’a strictement servi à rien puisque ce que les médias, dans leur abus de langage habituels ont appelés « l’extrême gauche » et qui incluait le PC !!! se sont présentés en ordre dispersé), mais pour écouter puis élaborer un programme porté par un candidat unique, issu de la synthèse de ce qui avait été récolté depuis ce contact avec le terrain. En gros, un peu ce qu’a tenté de faire la candidate Royal… et on se mord la queue ! Peut-être parce que je n’ai pas de chapelle à défendre, je me fiche comme d’une guigne de qui aurait été à l’initiative d’une telle démarche. Pendant des années je me suis demandé quelle était la stratégie des partis de gauche, et juste avant le premier tour j’ai compris : c’était de jouer sur la peur d’un 2e 2002. Le résultat est qu’aujourd’hui, la situation est largement plus grave qu’un premier tour mal géré. Les dommages que va commettre Sarkozy seront bien plus profonds, bien plus dévastateurs sur les plans sociétal et social que ce signe avant-coureur qui n’a pas été utilisé pour en tirer des leçons. En 2002, on a parlé d’un séisme à propos de la présence de le Pen au 2e tour, et aujourd’hui on parle de résultat démocratique des élections. Ça fait mal, et c’est la gauche qui m’a fait mal. Par une calamiteuse inversion des priorités en plaçant la gestion de l’ego de ses leaders ou la défense d’une bannière plutôt que la construction d’un projet altruisme au rang des urgences. Par une incapacité à communiquer (y compris dans ses propres rangs), qui a conduit à une démobilisation des militants et à la perte de vue de l’essentiel. Il est très difficile de renier sa famille de cœur, mais je défendrai toujours mon devoir de révolte que j’envisage comme intrinsèque à l’exercice de celui de citoyen. Je rêve pourtant de rédiger une missive de liesse… Qui sait !