Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 18:53
v354-ca256b.jpgVincent Peillon était samedi sur France Culture, enregistrée vendredi dernier, l'émission était animée par Dominique Rousset, secondée par Philippe Raynaud, professeur de Sciences politiques à l'Université Paris II, Christophe Prochasson, professeur à l'EHESS et Eric Mandonnet, journaliste de l'Express. Retranscription.
Dominique Rousset : Pas moins de quatre personnes donc pour vous interroger aujourd’hui sur l’actualité nationale, quelques mois après l’élection d’un nouveau président de la République et la formation de son gouvernement. Pour vous interroger aussi sur l’avenir de la gauche sur celui du Parti socialiste, ce qui n’est pas forcément la même chose. Mais aussi pour débattre plus largement de ce qui vous occupe, vous préoccupe, vous intéresse dans la marche du monde en ce début de 21e siècle. C’est d’ailleurs ainsi que nous allons commencer en vous demandant de dresser, très rapidement bien sûr, votre autoportrait, Vincent Peillon, à partir de quelques questions et je précise qu’elles seront posées à ceux et celles qui vous succèderont, le samedi matin, dans ce studio. Première question : comment êtes-vous entré en politique, ou peut-être préférez-vous pourquoi êtes-vous entré en politique ? C’est à vous de choisir…

Vincent Peillon : Je crois d’une certaine façon qu’on vit tous dans la cité et qu’on est tous en politique. J’ai souvent eu le sentiment en étant professeur de philosophie, ou en ayant même à d’autres époques d’autres activités, que j’étais autant en politique, que quand on devient un élu, et aux yeux des gens un professionnel de la politique. J’ai été élevé par des gens qui étaient des militants, des intellectuels et des militants du Parti communiste après 1945. J’ai eu la chance d’avoir comme ami, comme maître, quelqu’un qu’on a perdu cette année et qui compte beaucoup pour moi, qui est Jean-Pierre Vernant et qui est l’illustration de ce que je vous ai dit très rapidement. Quelqu’un qui à la fois était un savant, sans doute, mais en même temps un homme qui s’est toujours engagé, engagé dans la résistance, et qui dans le fond, à la fois aussi dans son œuvre théorique avait rappelé que la raison grecque, celle des philosophes, la rationalité occidentale, était finalement la fille de la cité et, je crois, dans notre tradition française, quand on regarde l’importance aussi des professeurs sous la Troisième République et on en est issus. Je n’ai jamais fait de séparation entre ces différentes activités. L’engagement philosophique était déjà une façon de s’engager dans la cité, ça été pour moi une simple continuité avec souvent l’agacement qu’ont peut-être les philosophes par rapport à certaines imprécisions, inexactitudes, ou méconnaissances que l’on sent dans le champ politique. En étant, disons, plus actif dans la politique, ces agacements demeurent.

Dominique Rousset : Vous avez déjà répondu avec Jean-Pierre Vernant, ma deuxième question était : qui admirez-vous ? Aujourd’hui ou dans le passé.

Vincent Peillon : Avec le temps, les années, on se rend compte que l’on doit à beaucoup de gens, là j’ai évoqué Jean-Pierre Vernant, j’ai vécu, comme universitaire, presque dix ou quinze ans, presque tout le temps, avec Merleau-Ponty. Décédé, il a beaucoup compté pour moi. Les gens savent mal l’engagement politique qui a été le sien auprès de Pierre Mendès-France, j’ai essayé de le raconter dans un petit livre sur Pierre Leroux et le socialisme républicain et l’appel qu’il faisait, dans sa critique du totalitarisme, à un nouveau libéralisme qui  pour lui d’ailleurs n’était pas contradictoire avec son engagement socialiste. Il y a beaucoup de personnalités qui ont compté. Parmi les hommes avec qui j’ai travaillé, à gauche, on peut dire quasiment tout le monde, celui qui intellectuellement m’a le plus séduit, le plus marqué, sans doute le plus appris, on a besoin d’apprendre, c’est Lionel Jospin.

Dominique Rousset : Bien, ma troisième question pour ce bref autoportrait. Quel événement vous touche aujourd’hui dans l’actualité, éventuellement vous révolte? Actualité internationale ou nationale.

Vincent Peillon : Il y a beaucoup d’événement qui sont heureusement révoltants et l’engagement part souvent précisément d’un sentiment de colère par rapport à un état des choses. Aujourd’hui ce qui m’attriste le plus, me blesse le plus, ce ne sont pas des faits directement, c’est le sentiment d’une très grande confusion dans les esprits au moment où nous nous parlons par rapport à des valeurs qui sont des valeurs qui me semblent essentielles et fondatrices pour la République et en même temps utiles pour la France dans l’avenir. Et vraiment j’ai le sentiment depuis quelques années et en particulier pour mon camp politique, que les choses ne vont pas dans le bon sens et j’ai l’impression qu’elles continuent à ne pas aller dans le bon sens.

Dominique Rousset : Merci Vincent Peillon, pour ces trois premières questions. Donc je l’ai dit, député au Parlement européen, membre du Bureau national du Parti socialiste, nous allons très longuement bien sûr parler dans cette émission de l’avenir de votre parti. Ancien député de la Somme, jusqu’en 2002 et philosophe vous l’avez dit vous-même ça va évidemment intéresser les personnes présentes avec nous ici. Des travaux vous l’avez dit effectivement publiés sur Maurice Merleau-Ponty et une grande admiration, vous ne l’avez pas cité d’ailleurs, mais vous en avez très abondamment parlé dans vos écrits, pour Jean Jaurès. Alors on va insister quelques secondes quelques minutes sur Jean Jaurès peut-être avec Christophe Prochasson, Jean Jaurès très présent dans cette campagne présidentielle, ce qui a peut-être surpris. Christophe Prochasson vous voulez enchaîner…

Chrisophe Prochasson : Oui… En entendant Vincent Peillon à l’instant je me disais qu’il devait se sentir bien mélancolique dans la période dans laquelle nous nous trouvons. Où nous avons tous un peu le sentiment que les hommes politiques s’éloignent du monde des idées, qu’ils ne mettent plus tellement les idées en haut de l’agenda, comme le faisait Jean Jaurès, qui était comme vous Vincent Peillon, agrégé de philosophie et qui a attaché toute sa vie une importance aux idées toujours en tentant d’articuler les idées à sa pratique politique. C’est un peu une question que j’ai envie de vous poser. Au-delà de Jean Jaurès, j’aimerais vous poser des questions sur effectivement les usages de l’histoire et votre positionnement par rapport à cet héritage historique de la gauche mais avant cela, au fond, est-ce que quelqu’un comme vous, c’est-à-dire à la fois un intellectuel et un homme politique, a sa place dans un régime où la vie politique se déroule fondamentalement sur le régime des émotions, du compassionnel, de l’image, du sensationnel ? Quel est le rôle que peut avoir encore la raison dans ce monde-là ?

Vincent Peillon : Je n’ai pas encore renoncé. J’entends bien ce que vous dîtes et plusieurs fois par jour cela m’interpelle. Le silence des intellectuels dont on a tant parlé c’est pour moi la surdité des politiques. Je suis frappé de voir la richesse intellectuelle de l’université française, de la philosophie, de l’histoire de la sociologie. Je suis étonné de voir à quel point les hommes et les femmes politiques ne font pas leur miel de cela et se permettent en plus des jugements parfois cruels. C’est pour cela d’ailleurs que j’essaye, aussi, de faire en sorte, puisqu’on évoquait Jaurès à ce moment, que toute une tradition oubliée, je dirais même le Jaurès d’avant 1905, soit mieux connue, au moment où on se pose des tas de questions sur la notion de solidarité, les rapports entre l’individu et l’État.

J’essaye de permettre à des jeunes universitaires qui sont aussi engagés avec les politiques mais à leur façon, avec peut-être une distance d’ailleurs nécessaire et utile à l’efficacité, de faire connaître leurs travaux. Parce que je suis frappé, y compris depuis le moment où j’étais responsable du groupe des experts avec Dominique Strauss-Kahn il y a une dizaine d’années, de voir à quel point la fracture s’est encore accrue, à quel point l’ignorance est profonde. J’évoquais tout à l’heure Lionel Jospin, pourquoi ? Parce que j’avais le bonheur d’avoir encore avec Lionel Jospin des discussions idéologiques. J’avais un homme politique qui se préoccupait de ce qui se passait dans le monde de la pensée et depuis quelques années ça n’est plus le cas. Alors la place il faut se la faire, c’est ce que disais Jaurès « armez la vérité en bataille ». Si on y croit, il y a des périodes dans l’histoire qui sont comme ça.

La France a connu Louis-Napoléon Bonaparte, le général Boulanger elle a d’autres périodes difficiles… Mais il y a des périodes où précisément ceux qui ont quelques convictions et qui essayent de les éclairer par la raison doivent tenir. C’est pas le fait d’une personne, c’est le fait de beaucoup de gens. Je vous dirai que mon sentiment depuis quelques mois, je veux bien être plus long là-dessus, c’est que justement beaucoup de gens qui ne s’étaient pas engagés, ils ont leurs convictions, ces dernières années mais qui travaillaient, dans leurs laboratoires, dans leurs bibliothèques, dans leurs librairies, comme on disait autrefois, sont prêts à se réengager tant ils sentent que cette crise est profonde et inquiétante.

Dominique Rousset : Oui, vous attendent, vous sollicitent, même, peut-être, ont envie de…

Vincent Peillon : Ils peuvent me solliciter encore davantage…

Dominique Rousset (riant) : d’aller un peu plus loin, ils peuvent vous solliciter davantage.

Christophe Prochasson : J’allais vous dire, si tenté que cette séparation est bonne entre homme politique et intellectuel, que vous venez un peu de faire votre autocritique, ou l’autocritique plus exactement de ceux avec lesquels vous travaillez. J’ai envie de faire l’inverse. Je pense aussi qu’il y a une responsabilité des intellectuels dans cette situation qui depuis vingt-cinq ans se sont quand même repliés sur leurs cabinets, sur leurs bibliothèques, sur leurs séminaires. Qu’ils ont, pour des raisons que l’on pourrait d’ailleurs tout à fait expliquer face à l’asservissement ou à l’utilitarisme dont ils ont pu être l’objet, voire la relation comptable, vous voyez ce que je veux dire, des hommes politiques avec les intellectuels : plus j’en ai, plus je suis intelligent en quelque sorte de mon côté et, au demeurant, laissant à l’écart toutes les œuvres. Mais ces intellectuels-là ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation. Cela dit, et là, je reviendrai à Jaurès, il me semble préoccupant que, au fond, le seul recours qu’on puisse avoir aux œuvres, disons, des historiens de la gauche ou au patrimoine historique de la gauche, risque d’être un recours muséographique. Vous voyez ce que je veux dire. Il ne s’agit pas du buste de Jaurès, ni d’autres d’ailleurs car la gauche pourrait en  avoir bien d’autres, et aussi d’autres qui n’appartiennent pas à la gauche qu’il conviendrait de réinsérer dans le débat. Moi je suis très préoccupé par le comportement de certains intellectuels qui se sont institués en comités de vigilance pour veiller au bien ou au mal, ou au mauvais usage de l’Histoire. Alors, je vous relance aussi une question, comment pensez-vous qu’on puisse en politique aujourd’hui faire usage de l’Histoire, quel usage de l’Histoire pour les hommes politiques et , en l’occurrence ceux de gauche, dans un moment là aussi où, pour abuser de ce terme, c’est plutôt le présentisme qui l’emporte.

Vincent Peillon : Je pense que si on veut… D’abord l’Histoire, elle s’écrit toujours au présent, et, comme le disait fort bien Nietzsche, elle est toujours « parole d’avenir » d’une certaine façon, c’est-à-dire que « rien ne change plus vite que l’immuable passé » disait l’historien des sciences Alexandre Koyré et c’est la réalité. Donc chaque génération doit réécrire sa propre Histoire, c’est-à-dire s’enfanter dans le présent et cela se fait toujours dans une perspective d’avenir. Quand on regarde d’ailleurs l’Histoire de France, de Michelet à d’autres, c’est comme ça que les choses se passent, donc nous avons besoin d’un récit. Chaque génération a son récit. Il y a eu un très grand récit, que vous connaissez bien autour de cette table, qui a été dans le fond le récit de François Furet, c’est une école très importante l’école de François Furet qui a réécrit, d’une certaine façon la tradition libérale républicaine française. Je pense que dans la période où nous sommes nous avons besoin de dialoguer de façon critique avec ce travail très utile qui a été fait, et de jeter de nouveaux ponts. Voilà. Je suis moins sévère que vous avec les intellectuels. Bien entendu, d’abord de quels intellectuels parle-t-on ? Parce que si c’est l’intellectuel éditorialiste, ou l’intellectuel qui veut cachetonner sur toutes les petites télés et les petites radios qui existent aujourd’hui, c’est probable. Mais ceux qui travaillent - et il faut leur laisser du temps pour travailler, il faut respecter la distance de l’intellectuel à l’égard de l’événementialité politique - qui retravaillent les concepts, j’évoquais tout à l’heure les concepts de solidarité, je vois avec bonheur que souvent quand on ne connaît pas l’histoire on redécouvre la lune. Sans se rendre compte que la notion de solidarité, telle qu’elle a été traitée dans la tradition républicaine française, je pense à Léon Bourgeois, commence, il y a de nombreux travaux de jeunes universitaires qui retravaillent cet aspect là des choses, c’est très utile. Et je pense que les politiques peuvent s’en inspirer, parce qu’au moment où on a à traiter la crise de l’état providence, où on s’est interroger sur « jusqu’ou doit aller la solidarité, » le rapport au travail et l’assistance, on a là un mine de réflexions à mener. Je vois encore que nos débats sont dominés de façon - et je dirai un mot sur Jaurès pour qu’il n’y ait pas de malentendu – par une opposition stérile entre l’individu et l’État, qui est dépassée dans la tradition républicaine, et du côté libéral Tocqueville, et du côté socialiste depuis l’origine, et qu ‘on reproduit les mêmes débats. Et là, s’alimenter à la source historique nous permet, évidemment d’aller beaucoup plus loin, d’être beaucoup plus fin, et même de faire de nouvelles propositions. Sur Jaurès, une chose, je n’ai écrit sur Jaurès que pour dire le Jaurès réel qui ne correspond pas du tout au Jaurès des statuts et au Jaurès qu’on a véhiculé. Donc j’ai voulu montrer que Jaurès était individualiste, que la préoccupation religieuse était importante pour lui, donc des choses qui ont d’ailleurs un peu surpris, pas les spécialistes, mais ceux qui font des références obligées à Jaurès mais qui se dispensent bien de le lire.

Dominique Rousset : Qu’il avait le sens de la puissance publique mais qu’il n’était pas étatiste…

Vincent Peillon : Bien entendu. Et là il y a d’ailleurs un débat pour l’époque actuelle très intéressant sur la place des associations sur les corps intermédiaires, etc. Mais je pense que Jaurès… et quand même : il y a le Jaurès d’avant 1905 et il y a le Jaurès qui reste de la synthèse avec Guesde. Je pense qu’il faut à la fois mesurer l’apport de Jaurès mais mesurer aussi la difficulté qu’a posé Jaurès à la gauche française par cette synthèse dans laquelle il a plié à la culture guesdiste et je dirais marxiste la plus basse. J’écrirai prochainement un livre, je publierai un certain nombre de livres en évoquant des grandes figures de l’Histoire du socialisme français que vous connaissez très bien. Je pense à Eugène Fournière, je pense à Charles Andler, je pense à un certain nombre de gens, qui ont considéré, pour reprendre le mot de Charles Andler qu’il y avait une « capitulation » dans 1905, et moi je ne suis pas Péguyste, je suis assez Jaurèssien et je pense qu’il va falloir, si la gauche française veut sortir de la difficulté dans laquelle elle est depuis 1905 de l’écart entre les discours et les pratiques, il va falloir revisiter le moment 1905 et réévaluer la synthèse et y compris le congrès de Toulouse de 1908.

Dominique Rousset : Je sens bien que Christophe Prochasson aurait bien des choses à vous dire, mais avançons avec nos autres partenaires dans cette émission.

Philippe Raynaud : Je trouve que vous parlez d’or. Parce que c’est quelque chose que j’avais envie d’entendre depuis assez longtemps,

Dominique Rousset : Entendre de la bouche d’un politique ?

Philippe Raynaud : De la bouche d’un politique socialiste. C’est-à-dire que j’ai parfois l’impression que l’idéal régulateur de la plupart des socialistes serait de défaire le congrès de Tours et donc de revenir à l’unité précédente alors que je crois profondément que comme vous l’avez dit fort bien, que cette unité est assez problématique et que Jaurès est un très grand homme qui a manqué pour les raisons que vous avez fort bien dites… Qui n’a été ni Kautsky, ni Bernstein finalement et c’est probablement de l’un et l’autre que la  gauche française avait besoin. Cela doit peut-être éviter les choix justement majoritaires de 1920.

Mais je voulais aussi vous poser une question peut être un peu matérialiste au sens le plus classique du terme. C’est-à-dire finalement nous pouvons déplorer le manque d’intérêt des politiques pour les choses intellectuelles et réciproquement le manque d’engagement des intellectuels, mais enfin c’est peut-être parce qu’en France il y a des conditions institutionnelles. La France est un pays qui se flatte d’avoir des intellectuels depuis toujours. C’est une spécialité française, et où, me semble–t-il, la culture universitaire vivante a moins d’influence sur le débat public que ce n’est le cas après tout en Angleterre ou aux Etats Unis ou même en République Fédérale Allemande aujourd’hui. Autrefois la France était la République des professeurs qui étaient des  professeurs de lycée. Pour des raisons sur lesquelles je n’aurai pas la cruauté d’insister, il n’y a plus de lycées, il n’y a toujours pas d’universités, alors qu’est-ce que vous en pensez ?

Vincent Peillon : Dans ce que vous dîtes, si je le comprends bien. il y a d’abord un fait précis, qui est instructif puisqu’on avait eu un débat sur le livre de Jean-Fabien Spitz, Le moment républicain en France (2005). On avait eu un jugement un peu différent, Le fait est, en tout cas, qu’à la fameuse commission du projet, les quinze hiérarques qui se réunissaient pour définir le projet, avant celui de Ségolène Royal, j’ai indiqué quand même la nécessité de jeter un coup d’œil sur ce livre si on voulait une cohérence sur le sujet, et en tout cas son introduction qui me semblait assez rare y compris par l’engagement politique qui pouvait s’y lire. Je n’ai pas relevé les copies mais je me suis rendu compte en discutant avec les uns et les autres après que, et là on était au début de nos travaux, et on a vu le défaut de cohérence qu’on avait en termes de projet après, que sauf une personne, mais que tout le monde connaît bien parce qu’il est à la base historien, mon ami Alain Bergougnoux, personne n’avait eu la curiosité d’aller chercher dans quarante pages, dans le fond assez aisément lisibles, un petit peu de quoi alimenter une réflexion collective. 

Sur ce que vous dîtes, cela me fait juste penser à une chose qui est d’ailleurs un peu dans l’actualité et qui est pour moi un sujet de préocupation depuis très longtemps, c’est la condition qui est faite à l’université française. Peut-être, et j’étais en Belgique tout à l’heure et ça n’est pas la même chose en Belgique encore, c’est vrai pour les pays anglo-saxons, c’est vrai que la condition qui est faite aux universitaires maintenant, matérielle, a sans doute en lien avec ce peu de considération et d’entente des politiques. Juste un fait très instructif : à la fin de la gestion Jospin, un certain nombre d’universitaires sont venus me voir dont deux prix Nobel, trois professeurs au Collège de France - par courtoisie je ne citerai pas leurs noms -, me disant il y a un énorme problème en France, c’est pour passer de directeur de recherches seconde classe à première classe. C’est assez simple, mais ça permet d’avoir la possibilité d’avoir un déroulement de carrière normal et en gros de 3500 à 4000 euros à 5000 euros sur des gens qui sont très souvent internationalement connus. Nous avions fait le calcul avec ces universitaires, certains connaissent l’arithmétique, de ce que ça coûterait au budget de l’état, à l’époque nous étions juste au passage à l’euro. En francs ça faisait 70 millions de francs, vous voyez ce que c’est absolument rien pour débloquer des carrières de peut être 200 personnes qui représentent la France.  Cela n’a pas été fait. Et là je crois qu’il y a sans doute quelque chose qui est très très préjudiciable, et sans doute cet aspect matérialiste, même si je ne le suis pas beaucoup, compte beaucoup et en tout cas, exprime une forme de désintérêt qui est très préjudiciable.

Dominique Rousset : on aura l’occasion de revenir un petit peu plus tard  sur l’avenir de la gauche française , que nous avons déjà abordé bien entendu avec tout ce que vous venez de dire à l’instant. Auparavant rapprochons nous de l’actualité et notamment de la rentrée politique. Eric Mandonnet, de l’Express a bien des questions a vous poser et moi j’en aurai bien sur aussi notamment sur l’ouverture qui est faite à beaucoup de conseillers de ministres, membres de commissions venus de la gauche. Eric Mandonnet que choisissez vous d’abord de privilégier ?

Eric Mandonnet : Peut-être vais-je commencer de manière surprenante par Nicolas Sarkozy. Dans la tribune que vous avez publiée la semaine dernière dans le Nouvel Observateur, sur laquelle on aura l’occasion de revenir, vous constatez que le travail, l’autorité le mérite et l’ordre, sont devenues aux yeux de nos concitoyens des valeurs de droite. Est-ce que vous diriez que Nicolas Sarkozy a mené et continue de mener aujourd’hui, un vrai combat idéologique et donc depuis qu’il est Président de la République est-ce que vous diriez – que vous soyez ou non d’ailleurs avec lui – mais qu’il verse dans le compassionnel, qu’il réhabilite un peu l’action politique ?

Vincent Peillon : je ne pense pas du tout qu’il réhabilite l’action politique et je vais m’expliquer là-dessus. Mon maître Merleau-Ponty disait « l’action politique c’est la logique de l’action efficace ». C’est pour ça qu’à un moment on veut peut-être quitter sa bibliothèque, c’est pour obtenir des résultats. J’attends Monsieur Sarkozy au résultat. Toutes ses décisions sont non seulement injustes socialement, je pourrais y revenir, profondément déplaisantes par rapport à notre identité nationale, et notre tradition républicaine. Mots dont il abuse quand je vois son discours sur l’homme africain ou un certain nombre de décisions, et tout à fait inefficace économiquement et même à contre cycle, et nous aurons collectivement à le payer, c’est dommage à un moment où la France a des efforts à faire pour entrer dans la compétitivité internationale.

Idéologie oui, mais alors on y revient, au sens de Marx et de son livre sur l’idéologie allemande, pas de l’idéologie française de Destutt de Tracy. Oui, système d’illusions, c’est-à-dire qu’il a d’une certaine façon reproduit le mensonge chiraquien de 1995  sur la fracture sociale. Il se dit dans le fond la politique c’est l’art du sophisme, c’est un art d’illusion, et il a fait un travail, incontestable, sur un certain nombre de valeurs de gauche, et en particulier prenez cette notion du mérite. C’est tout à fait extraordinaire : le mérite était traditionnellement une notion de gauche, puisque la droite défendait la naissance, l’héritage, l’innéité. Et on s’est battu considérablement autour du thème de l’égalité des chances sur cette notion de mérite. Il a réussi à faire penser que cette valeur était une valeur de droite, mais depuis qu’il est là les mesures qu’il encourage, et tout le débat porte et a toujours porté là-dessus en France sur la question de l’héritage, c’est un trait qui traverse le 19e et qui est présent au 20e siècle. Les premières mesures effectives qu’il prend ne sont pas favorables à ceux qui pourraient avoir du mérite, en créant les conditions de l’égalité des chances et une concurrence saine, mais ceux qui vont hériter, les héritiers au sens premier. Quel mérite, me disait, je me souviens mon professeur de lettres, pour hériter à ce que votre papa ait un jaguar ou une grande maison. Il n’y a aucun mérite, vous n’avez rien fait pour, vous l’avez. Et là, c’est ça que l’on facilite. Donc je pense oui qu’on est dans le système de la politique la plus détestable, qu’on a eu beaucoup en France car il faut réfléchir sur l’identité française, moi j’y tiens beaucoup.

Il y a un deux Frances : il y a une France que j’aime et une France que j’aime moins. Et la France a eu des compromissions historiques nombreuses, y compris un certain nombre de populistes et c’est ce que je pense de Nicolas Sarkozy ont toujours bien entendu utilisé les classes laborieuses et d’ailleurs en les dressant les unes contre les autres pour asseoir leur pouvoir. Chaque fois que la gauche échoue, que ce soit en 48, que ce soit les difficultés des premiers républicains, on a un moment de cette nature avec un discours et un comportement que je considère bonapartiste non pas au sens, puisque les gens n’ont pas cette culture du Napoléon de la politique, du premier Napoléon, puisque quand j’avait dit cela, cela avait été mal compris, mais du troisième, et je pense que c’est là que nous en sommes avec Nicolas Sarkozy. Moi je n’ai rien contre cet homme, je pense simplement que derrière la France aura beaucoup de travail à faire pour répondre aux défis qui sont les siens et disons essayer de retrouver sa vraie nature et sa générosité.

Dominique Rousset : Autre questions Eric Mandonnet, sur l’actualité à poser à Vincent Peillon ? J’avais à lui poser quelques questions sur les questions de la fiscalité, mis en avant très tôt par ce gouvernement…

Eric Mandonnet : Puisque l’on va entamer un large débat institutionnel, jusqu’à quel point la réforme institutionnelle va-t-elle acter une évolution pratique faite par Nicolas Sarkozy , jusqu’à quel point souhaitez-vous que la révision constitutionnelle au contraire précède le simple constat de l’évolution telle qu’elle existe depuis mai 200 7?.

Vincent Peillon : Pour moi pour l’instant c’est un débat qui est très confus, donc je ne sais pas ce qui se passe ni dans cette commission, je ne me suis pas informé, je sais juste parce que ça m’a été retranscrit par François Hollande les échanges qu’il a eu avec Nicolas Sarkozy quand ce dernier l’a reçu. Je pense en tout cas, par rapport à votre question, qu’une des difficultés françaises, ça a toujours été le cas, dans le fond, la démocratie c’est l’instrument de la réforme, et c’est l’organisation de notre vie collective, Je pense qu’il y a un problème français sur cette question depuis un moment, et donc que nous avons besoin de réformes institutionnelles. Nous avons besoin davantage de délibérations, davantage de pouvoirs et de contre pouvoirs. Nous ne sommes pas, je le vois par rapport à nos amis européens, une démocratie ni pacifiée ni efficace, ni réussissant à impliquer tout le monde. Donc il y a des efforts à faire.

Je ne sais pas du tout dans quelle direction veut aller Nicolas Sarkozy pour l’instant les réflexions qui ont été les siennes ont été souvent contradictoires et erratiques, parce que en fonction des publics en fonction des moments. J’ai le sentiment quand même qu’il y a une grande arrière-pensée dans ce qu’il fait. Par ailleurs sa pratique depuis mai est une très mauvaise pratique démocratique et illustre bien l’épuisement de cette Cinquième République avec cette concentration du pouvoir, cet effacement du Premier ministre, ce rôle joué par son épouse, cette absence de contre-pouvoir et ces discours et cette politique étrangère, totalement personnelle singulière. De la même façon que c’est une forme de gestion des nominations, toutes ces commissions qui se multiplient. C’est un espèce de pouvoir arbitraire de prince. C’est une tendance, là aussi assez historique en France, mais je pense que c’est quelque chose si on voulait avoir une mue vraiment démocratique et libérale, républicaine, au sens ou en tout cas moi je l’entends, il faut faire évoluer cela.

Dominique Rousset : Mesures économiques oui je le disais une hausse de la TVA est prévisible, dit le PS, en tout cas François Hollande l’ a annoncé il pense que ça va peut être se faire du côté de la CRDS, on attend bien entendu le rapport qui a été demandé de plus par Nicolas Sarkozy à Eric Besson sur la TVA sociale, mais pour le PS il semble que TVA sociale c’est tout simplement une augmentation de la TVA et donc des difficultés pour le pouvoir d’achat. Vous êtes sur cette ligne aussi Vincent Peillon ?

Vincent Peillon : Il y a plusieurs choses dans ce que vous dîtes. Il y a d’abord les difficultés concernant le pouvoir d’achat. Elles sont réelles. C’est un souci d’ailleurs finalement que le candidat et la candidate, avaient mis la question du salaire et du pouvoir d’achat dans la campagne. Cela c’est une réalité à un moment où il y a un accroissement, c’est une des questions majeurs pour nous tous et pour le pacte républicain, un accroissement des inégalités entre générations, entre revenus, entre territoires, qui doit être un souci constant, qui était un souci dans les discours de Nicolas Sarkozy, pour l’instant dans sa pratique on attend encore. Je parlais de contresens économique tout à l’heure et d’ailleurs finalement, parce qu’on veut toujours caricaturer l’Europe, quand Nicolas Sarkozy est allé rencontrer les ministres du conseil économique européen ils ne lui ont pas tellement reproché la dette française, qui est encore un problème, il ne lui ont pas reproché cette dépense supplémentaire des 15 milliards d’euros du paquet fiscal,  ils ont dit : « le problème c’est à quoi vous les utilisez ». Si vous les utilisez à des cadeaux à des gens qui pour l’instant sont ceux qui ont plutôt le plus, vous commettez une erreur considérable, si vous les aviez dépensé en dépenses d’avenir : recherche, innovation universités, réforme du marché du travail, alors ça aurait eu un sens par rapport aux objectifs qu’il faut se fixer pour un pays moderne et un pays qui peut vaincre ses difficultés. Mais ça n’est pas le cas, et je pense qu’au moment où on a le ralentissement de la croissance que vous savez, où on a un investissement des entreprises à 0% au deuxième semestre, où on a une consommation qui est léthargique, vous voyez le débat d’ailleurs entre le MEDEF et Nicolas Sarkozy sur politique de la demande te politique d’offre, il a fait une faute économique que nous allons payer extrêmement cher.
 
Partager cet article
Repost0

commentaires

Bonjour, rendez-vous sur mon nouveau site: www.alexandre-medvedowsky.com

Recherche